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Comment le click and collect continue d’évoluer dans le retail et impacte l’organisation des magasins

Comment le click and collect continue d’évoluer dans le retail et impacte l’organisation des magasins

Comment le click and collect continue d’évoluer dans le retail et impacte l’organisation des magasins

En quelques années, le click and collect est passé du statut de service pratique à celui de brique stratégique du retail. Longtemps considéré comme un simple “plus” pour rassurer le client en ligne, il pèse aujourd’hui lourd dans le chiffre d’affaires des enseignes, mais aussi dans l’organisation interne des magasins. Car derrière un retrait en 2 heures ou en 30 minutes, ce sont des process, des stocks, des équipes et des outils qui ont dû s’adapter.

Comment ce modèle continue-t-il d’évoluer ? Et surtout : quels impacts concrets sur le terrain, côté magasin ?

Du service d’appoint au canal de vente à part entière

Le décollage du click and collect s’est joué en deux temps. D’abord discret, notamment dans la mode et les biens culturels, il a pris une autre dimension avec la crise sanitaire. Certaines enseignes alimentaires ont vu jusqu’à 15 à 20 % de leurs ventes passer par ce canal pendant les confinements. Dans le non-alimentaire, des réseaux de bricolage ou d’ameublement parlent désormais de parts comprises entre 8 et 25 % de leurs commandes qui transitent par le retrait en magasin.

Résultat : le click and collect n’est plus seulement un relais de croissance e-commerce. C’est un usage client durable, avec plusieurs impacts immédiats :

Pour beaucoup de directeurs de magasin, la bascule est nette : “avant, on rendait service au web ; maintenant, le retrait est un levier de CA local qu’il faut piloter comme tel”.

Un client plus pressé, plus exigeant… et moins tolérant

Le click and collect a profondément remodelé les attentes des consommateurs. Quand un site promet un retrait en 1 ou 2 heures, le client ne compose plus avec l’aléa magasin. Il veut :

Les enseignes qui performent le mieux ont souvent rationalisé le parcours :

À l’inverse, les irritants restent nombreux lorsque l’organisation n’a pas suivi : clients qui attendent plus de 10 minutes pour récupérer un petit produit, commande introuvable car mal rangée, collaborateurs non formés au process de remise… Autant de micro-frictions qui dégradent la perception globale de l’enseigne, même si le site e-commerce, lui, a “tout bien fait”.

Un magasin qui se transforme en micro-entrepôt

Sur le terrain, la montée en puissance du click and collect a accéléré la mutation des points de vente en véritables micro-entrepôts. Trois grandes évolutions se détachent.

1. De nouveaux espaces logistiques

Peu d’enseignes avaient initialement prévu des zones dédiées à la préparation de commandes. On a d’abord vu des rayons “sacrifiés”, des réserves saturées, des bacs de commandes qui s’empilaient “là où il reste de la place”. Désormais, les magasins structurent :

Les enseignes alimentaires et de bricolage ont été pionnières sur ces optimisations. Dans certains magasins de périphérie, la surface dédiée aux flux click and collect représente désormais plusieurs dizaines de m², entre zones de préparation, stockage et comptoir de retrait.

2. Une gestion de stock en temps (presque) réel

Le click and collect ne pardonne pas les erreurs de stock. Une rupture non détectée se traduit immédiatement par un mail d’excuse au client, une opération de remboursement, et souvent une vente perdue. Pour limiter ce risque, les retailers ont dû :

Un directeur de région dans la mode résume bien l’enjeu : “le click and collect nous a obligé à arrêter de vivre avec 10 % d’écarts de stock comme si c’était ‘normal’. Quand votre promesse client dépend de ces chiffres, l’approximation n’est plus possible”.

3. Des flux pensés comme en entrepôt… mais en magasin

La logique d’un entrepôt commence à s’inviter dans les espaces de vente :

Les magasins qui structurent ces process gagnent en fluidité et en capacité à absorber les pics d’activité, notamment en période de soldes, de Black Friday ou de fêtes de fin d’année.

Des équipes magasin qui changent de métier

L’impact du click and collect n’est pas que logistique. Il transforme aussi la réalité quotidienne des équipes.

1. Un temps de vente redistribué

Là où les vendeurs passaient 100 % de leur temps en rayon, une partie significative est désormais consacrée à la préparation et la remise de commandes. Dans certains réseaux, on parle de 20 à 30 % du temps de travail d’un collaborateur sur ces activités en haute saison.

Cela suppose :

Le sujet devient sensible dans certains magasins où les équipes ont le sentiment de “faire de la logistique” au détriment du conseil en rayon. Les directions qui réussissent la transformation sont celles qui expliquent le rôle stratégique du click and collect dans le chiffre d’affaires global et qui partagent les indicateurs associés.

2. De nouvelles compétences relationnelles

Le moment de retrait est une interaction client à part entière. Elle peut être purement transactionnelle (“bonjour, voici votre commande, au revoir”) ou devenir un vrai moment de vente additionnelle :

Plusieurs enseignes ont d’ailleurs formalisé des scripts ou des séquences de questions simples pour leurs équipes de retrait, afin de transformer ce point de contact en opportunité commerciale sans alourdir le parcours.

3. La question du pilotage local

Le click and collect ne peut plus être uniquement piloté par la centrale ou l’équipe e-commerce. Les directeurs de magasin ont besoin de tableaux de bord locaux :

Ces indicateurs servent à ajuster les équipes, les zones dédiées, voire les horaires d’ouverture du service (certains magasins ouvrent le retrait plus tôt que le commerce, ou le maintiennent plus tard). L’enjeu est clair : intégrer pleinement le click and collect dans le pilotage économique du point de vente.

Vers des modèles de click and collect toujours plus fluides

Loin de se figer, le click and collect continue d’évoluer. Plusieurs tendances se détachent dans le retail français.

1. Le drive piéton et les formats urbains

Pour les zones denses, certains acteurs alimentaires, de bricolage ou spécialisés créent des points de retrait dédiés, distincts des magasins principaux : petites surfaces, stock limité, forte rotation, retrait souvent en quelques minutes. Ces “hubs de proximité” permettent :

2. Les casiers et lockers 24/7

Armoires connectées dans les galeries marchandes, casiers à l’extérieur des magasins, consignes dans les parkings : ces solutions séduisent les clients qui ne peuvent pas passer aux horaires classiques. Pour l’enseigne, elles offrent :

Elles imposent en revanche un process rigoureux de remplissage et de suivi, souvent intégré au SI magasin pour éviter erreurs et doublons.

3. Le “drive in” et le retrait en voirie

Dans l’alimentaire comme dans le non-alimentaire volumineux (bricolage, jardin, ameublement), le client reste dans sa voiture et l’équipe charge le coffre. Ce modèle a un double intérêt :

Mais il suppose une coordination fine : gestion des créneaux, signalétique extérieure, moyens de manutention adaptés, et parfois des tensions sur la cohabitation avec les autres véhicules (parking clients, livraisons, etc.).

4. L’intégration avec d’autres services omnicanaux

Le click and collect se connecte désormais à d’autres briques :

Dans ces modèles, le magasin devient une plateforme logistique et relationnelle multi-usages, dont le click and collect n’est qu’un des canaux d’expression.

Bonnes pratiques pour limiter les frictions en magasin

Au fil des retours d’expérience, plusieurs leviers se détachent pour rendre le click and collect plus fluide, côté client comme côté équipe.

À retenir

Pour les retailers, la question n’est donc plus “faut-il proposer du click and collect ?”, mais “comment l’intégrer intelligemment dans l’organisation magasin pour qu’il devienne un levier rentable de chiffre d’affaires, de satisfaction client et d’efficacité opérationnelle”. Les réponses se construisent sur le terrain, rayon par rayon, équipe par équipe.

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